« Christophe Riotton vit dans la tourmente du monde et la dessine »
Chaque image, chaque geste, chaque trait est, chez lui, comme un cri. Le cri de ce que voit et analyse de façon intuitive ce mineur obstiné d’une inspiration d’apparence obscure, où rares sont ceux qui osent s’engager.
Et pourtant, l’ensemble de cette œuvre est-il scandaleux ? Les détails si troublants, qu’il faille immédiatement s’en détourner ? Beaucoup moins qu’un simple coup d’œil pourrait le faire croire. Car il s’agit d’une salutaire et rigoureuse descente aux enfers, qui exploite le fond mythique de la cruauté sans jamais abolir la dignité des victimes. Ce serait d’ailleurs plutôt le contraire, car c’est le néant des bourreaux et des bien-pensants qui éclate dans ce travail obstiné. Le Petit Chaperon Rouge est-il consentant ou menacé ? ou encore naïvement menaçant ? Ce qui compte c’est la tension qui rassemble le loup à sa victime en un destin irrémédiablement tragique. La tension qui s’impose à l’amateur peut paraître insoutenable bien qu’elle soit souvent allégée par un humour subtil. Ce dominateur aux muscles impressionnant n’est finalement qu’un « fat play-boy » sur une plage et cet honorable « directeur est au bordel ». Ce sont surtout les idées reçues qui sont bousculées par ce moraliste qui s’ignore.
Question forme : Riotton n’est pas plus maniériste dans le trait que dans les significations. Il a sa propre pratique de la maîtrise intérieure du dessin. Rationalité et haute exigence sont ses outils lorsqu’ils rassemblent ses dessins terminés pour sélectionner ceux qui sont « réussis ». C’est là que se manifeste la justesse de son goût.
Maniant le noir et blanc de main de maître, Christophe Riotton sait alléger le trait ou l’empâter selon les nécessités de la forme et des significations. Il ne néglige cependant pas la couleur, mais sait d’instinct que le sanglant n’est pas toujours rouge et qu’il peut prendre les teintes imprévisibles de l’imaginaire de l’artiste.
Accrochés ensembles sur un mur, ces dessins ne sont pas réduits à n’être que les images du « tragique ». Ils montrent, au contraire la diversité d’humeur de l’auteur, son ironie, son humour, le sarcasme, la critique, l’érotisme, dans les registres différents de la politique, de l’histoire, des contes, de la religion, du cinéma ou encore de la musique… La même installation affirme sa grande diversité et laisse entrevoir les liens subtiles qui se tissent entre chaque représentation.
Il faut s’arrêter devant les dessins de Riotton, car chaque image compte, chaque dessin importe, pour lui-même, comme pour l’ensemble de l’œuvre. Ces œuvres sortent de la même veine que celles de Goya et de Urs Fischer, elles recommencent mille fois le même discours qui est mille fois lui-même.
L’artiste dit souvent qu’il pense intensément ses projets, mais que ceux-ci lui échappent parfois lorsqu’il dessine. Ils vont où ils veulent, mais justement c’est là que l’artiste les a dirigés. Si certaines factures sont pleinement achevées, d’autres sont, au contraire, comme brossées à l’arraché par ce sévère Dionysos, dont la seule nécessité serait de dessiner toujours, de travailler sans cesse et jusqu’à l’épuisement.
Il y a dans cette galerie de destins cruels, de dangers et de précieux ridicules, comme l’allégresse d’un dessinateur, ivre de dessin et libre d’organiser le monde selon son imaginaire austère et pourtant si ludique. Un univers qui dit le pire et le meilleur et qui les relie dans l’extravagance d’une forme exigeante, souvent renforcée par l’ironie cinglante d’un commentaire.
Ce Maldoror troublant voit le monde comme il est ; comme une source d’ivresse, de douleur et de joie…Comment s’étonner alors que cette présentation culmine avec un jeu à laquelle chacun est invité. Un jeu, il est vrai, qui est peut-être la métaphore de l’effort éperdu de l’artiste pour atteindre son but.
E.W. & M.B.
Avril 2006
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EDUCATION
1994-1997 Ecole d'arts appliqués, Geneva
2003 Graduated in Ecole supérieure des beaux-arts, Geneva.
INDIVIDUAL EXHIBITIONS
2006
"Ambition”, Espace Kugler, Geneva.
2005
“Retour de vacances”, Musée des beaux-arts de Lausanne.
Manoir, Geneva.
GROUP EXHIBITIONS
2006
“Kaléidoscopique”, curator Eric Winarto, Villa Dutoit, Geneva
2005
« Lucioles », KIS, Geneva
2005
Manoir Collogny, Geneva
2004
« Portraits ? », curator Eric Winarto, Bh9, ESBA, Geneva
2001
“Gorilla Call”, KunstPanorama, Luzern
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